Discours du 8 mai 2025 – Crépy en Valois

Discours de Crépy-en-Valois prononcé le 8 mai 2025


Madame le Maire,
Mesdames et Messieurs les officiels en vos grades et qualités,
Mesdames, Messieurs, Chers enfants,

Nous sommes ici rassemblés devant ce monument pour célébrer le 80ème anniversaire de la capitulation de l’Allemagne Nazie et de la victoire des alliés lors de la seconde Guerre Mondiale.

Nous sommes curieusement les seuls à célébrer cette date qui n’est ni fêtée en Angleterre, ni aux USA, encore moins en Allemagne.

Il n’y a que la Russie et certains pays de l’Est qui procèdent de même, mais le 9 mai, pas le 8, car, chez eux, la paix a été signée un jour après.

La guerre ne s’est pourtant pas terminée à cette date, en vérité, car dans les Alpes, le cessez-le-feu n’était pas de mise et dans le Pacifique les Américains se battaient toujours contre les Japonais !

Tout cela est si loin et si proche, grâce au cinéma qui a façonné notre mémoire collective, mais pour beaucoup d’entre nous la mémoire individuelle rajoute des éléments personnels souvent douloureux :

Le grand-père qu’on n’a pas connu, les témoignages familiaux pendant les déjeuners dominicaux, tout ce qu’on appelle la mémoire d’homme !

Car, voyez-vous, il y a pour les gens de ma génération, un avant et un après 1945, peut-être beaucoup plus qu’il n’existe un avant 1914 et un après 1918.

Cela reste proche de nous, même si cela parait si loin.
Je suis né, pour ma part, 18 ans après cette date du 8 mai 1945, c’est à dire moins de temps qu’il n’existe entre la date d’aujourd’hui et celle de l’élection de François Mitterrand : ça parait bête à dire, mais ça change tout.

Les historiens le savent bien, notre perception de l’actualité contemporaine est fonction, bien sûr, d’une chronologie personnelle qui s’inscrit dans celle de l’Histoire.

C’est pour cela que l’on ne peut pas réagir de la même manière sur des faits anciens ou leur résonance dans l’actualité contemporaine.

Le vécu personnel, la mémoire familiale viennent nécessairement perturber la perception objective de l’histoire.

Mon message est destiné aux jeunes qui sont là près de nous : pour eux 1945 c’est de l’histoire ancienne, eux qui n’ont même pas connus la chute de l’empire soviétique en 1991… qui est pourtant déjà dans les livres d’histoire, ça date du siècle dernier, si loin pour eux, si proche pour nous !
Que reste-t-il de ce second conflit mondial quatre-vingts longues années après ?

Il y a encore des gens qui ont connu la guerre, mais ils étaient jeunes et cette génération va bientôt passer, il ne restera que la nôtre, puis la génération d’après, la vôtre, celle née au vingt-et-unième siècle et, c’est le sens de mon message, qui pourrait être tentée de se dire que c’est décidemment bien loin, à quoi ça rime ?

Il faut impérativement que les programmes scolaires parlent de tout le conflit et ne soient plus réduits à expliquer en trois pages le second conflit mondial qui aura tué 70 millions d’êtres humains.

A quoi servira l’intention de se réunir si personne n’a en tête le sacrifice des cadets de Saumur, celui de nos courageux aviateurs pendant la Bataille de France, puis l’âme de le Resistance, comme les démêlées du
Général de Gaulle avec nos alliés anglo-saxons ou les rafles atroces jusqu’en 1944 ?

Qui se souvient de l’abnégation des marins de l’île de Sein qui sont partis immédiatement à Londres, sans réfléchir, après avoir écouté l’appel du 18 juin, abandonnant femmes et enfants car il fallait continuer de se battre ?
Oui ! le 8 mai 1945, c’est aussi ça et c’est même autant ça que le débarquement américain qui n’aurait jamais eu lieu sans le courage du peuple britannique pendant toute la durée de la guerre, ni le sacrifice de milliers de soldats soviétiques qui ont offert leurs poitrines aux balles allemandes.

C’est le sacrifice et les actes de bravoure de tous ces héros qui ont permis de sauver notre patrie.

Ceux qui n’ont jamais perdu leur liberté ne savent pas ce que c’est que de vivre sous le joug d’un occupant et nous avons gardé cette empreinte au fond de nous, quoi que nous pensions, parce que justement la mémoire familiale ou le bain social ont fait leur oeuvre.

Mais quand la mémoire d’homme sera passée, il ne restera que la mémoire collective ou le travail des historiens : c’est cela, jeunes gens, le devoir de mémoire dont on vous parle et il faut que vous le compreniez bien pour que justement les erreurs du passé ne puissent pas être à nouveau commises.

Le 8 mai 1945, c’était aussi un monde nouveau qui s’était dessiné, un monde d’espoir.

Certains rêves se sont sans doute réalisés, en tous cas pour un temps…

L’actualité tragique, en Europe même, nous prouve qu’il reste encore beaucoup à faire pour préserver la paix et éviter l’internationalisation des conflits, tout est si fragile…
Dans un monde en pleine recomposition, il nous faut méditer les enseignements de la seconde Guerre Mondiale :

l’histoire ne s’est pas arrêtée en 1945
Votre présence, vous les jeunes, ici, ce matin, aux côtés de vos élus, est un véritable encouragement, mais c’est désormais votre charge auprès de vos camarades et de vos familles : soyez fiers d’être français.

Je remercie, aussi :
Les représentants des Associations patriotiques et du Souvenir français : je salue leur constante dignité.
Les gendarmes, les sapeurs-pompiers et les cadets du Centre de secours : tous assurent avec courage et compétence leurs missions de sécurité,
Les enseignants qui ont compris toute l’importance de la transmission de la mémoire et à qui je demande d’en faire plus que le manuel scolaire ne dit.

Les musiciens de l’Harmonie du Valois qui, par leur talent, ajoutent de la solennité à cette cérémonie,
Vive la République Vive la France

Frédéric Pierre Vos

Retour en haut