Ce 11 novembre, à Moulin-sous-Touvent, nous avons honoré la mémoire de ceux qui, en 1915, ont fait preuve d’un courage et d’une résilience hors du commun.
Les Zouaves du plateau de Touvent, les Danois du Schleswig, les Alsaciens engagés sous nos couleurs. Tous ont mêlé leur sang pour la France !
Leur abnégation nous rappelle que la France ne se défend pas seulement avec des armes, mais avec la foi en son destin.
Dans un monde où les repères vacillent, leur exemple nous invite à préserver ce fil rouge. La fidélité à notre nation, à nos morts, à notre civilisation.
Discours de Frédéric Pierre Vos à Moulin-sous-Touvent le 11 novembre 2025
Monsieur le Préfet,
Madame le Maire,
Mon Général,
Messieurs les Officiers,
Mesdames et Messieurs,
Frau Mine Herrer
Pour autant qu’on puisse encore disserter, cent dix ans plus tard, sur l’année 1915, je tenais cette année, après avoir abordé l’an passé la question du sens du sacrifice, à m’interroger sur la résilience du soldat et sur son abnégation, ce qui, pour un civil, demeure tout de même une énigme, et, à tout le moins, une vraie question pour les historiens de ce conflit.
Revenons, si vous le voulez bien, à la chronologie de l’époque.
Passé le choc de 1914 et l’échec du plan Schlieffen, puis de la course à la mer pour tenter de se contourner l’un et l’autre, les deux belligérants se font face depuis Dixmude jusque dans les Vosges, et le front va se stabiliser sur cette même ligne jusqu’en 1918.
Toute la cavalerie devient, en quelques semaines, une arme obsolète, et rien ne compte plus désormais que le fantassin… qui ne peut plus avancer et qui piétine dans la boue, s’enterre comme un rat.
L’artillerie devient la reine des batailles, plus loin que la ligne de front, mais les obus, eux, s’écrasent sur les tranchées.
C’est là qu’entre en scène la résilience et l’abnégation que j’ai évoquées plus haut.
Tout a été dit, écrit, filmé sur le déluge de feu et d’acier… mais l’indicible ne s’écrit pas.
La résilience passe par l’acceptation du sort funeste d’une canonade que le fantassin ne peut pas esquiver, sauf en s’enterrant.
L’abnégation, c’est de subir ce martyr durant les trois prochaines années sans se plaindre, sauf quand les ordres de l’état-major ne tiendront pas compte de la résilience comme du sens du sacrifice, en envoyant à la mort, sur une carte d’état-major, des divisions entières…juste pour animer le front.
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Cette année 1915 est donc celle de la désillusion.
Elle sera moins commentée que les trois qui vont suivre, mais elle pose les jalons de l’évolution du conflit qui, à cause des bombes et des tranchées, fait entrer le fantassin dans une guerre plus moderne.
C’est le début des escarmouches et des actions non décisives, mais qui traduisent l’esprit de résilience, puisqu’aucune offensive ne va permettre d’entamer le front de manière significative.
Ici, à Moulin-sous-Touvent, en juin 1915, les Zouaves, sur le plateau de Touvent, près de la ferme de Quennevière, participent à de violentes actions, toutes aussi héroïques que celles de la redoute de Malakoff lors de la guerre de Crimée.
Sous un feu nourri, face à un ennemi solidement retranché, ils mènent des assauts héroïques à découvert avant d’être repoussés.
Le plateau de Touvent devient alors un haut lieu du courage des troupes nord-africaines, mais tout ceci, en vain, et par le seul effet de la résilience comme du désir d’action.
La résilience, elle est aussi de l’autre côté de la ligne de front.
Dans ce conflit, il n’y a pas de victimes d’un côté et de bourreaux de l’autre.
Je voudrais donc évoquer avec vous, pour finir, en raison de la présence d’un groupe de Danois, ce que fut l’origine de leur présence dans ce conflit, car eux aussi furent plus que résilients.
Il est de tradition de faire remonter la genèse du premier conflit mondial à la guerre de 1870 et à l’annexion de l’Alsace-Lorraine dans les conditions déshonorantes que l’on sait.
Mais on oublie que la guerre de 1870, qui opposa la France à la Prusse pour une obscure histoire de succession au trône d’Espagne, est elle-même précédée par la guerre du Schleswig en 1864, qui servira de répétition générale à celle de 1866 contre l’Autriche, puis celle de 1870 contre la France.
Les Danois du Schleswig, annexés à la Prusse, vont donc se retrouver entraînés dans cette guerre et incorporés dans l’armée impériale, au même titre que tous les Allemands, sans distinction d’origine.
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Le Danemark, pour sa part, était resté neutre. Ils n’eurent pas à faire de choix, si d’aventure leur ancienne patrie s’était retrouvée dans ce conflit aux côtés des Alliés.
Ce qui ne fut pas le cas des Alsaciens, protégés par la Convention de La Haye du 18 octobre 1907, interdisant à tout belligérant d’obliger les ressortissants du pays adverse à se battre contre ce dernier.
De fait, les Alsaciens qui voulurent rejoindre l’armée française le feront dans la Légion étrangère ou dans des compagnies de Zouaves.
26 000 Danois furent ainsi envoyés malgré eux sur le front français, et 6000 Alsaciens combattirent sous le drapeau tricolore.
Il y a, dans cette butte, le sang mêlé de combattants venus de toute l’Europe et de l’autre côté de la Méditerranée.
Leur courage, leur résilience, leur abnégation nous obligent au respect. Et c’est dans ce commun souvenir que nous honorons leur mémoire.
110 ans plus tard, alors que notre époque semble parfois vouloir effacer les repères, ces soldats nous rappellent que la France s’est toujours tenue debout parce qu’elle a su souffrir sans renoncer.
Ils nous rappellent que l’amour de la Patrie n’est pas un mot d’hier, mais une exigence d’aujourd’hui.
Dans un monde où tout vacille, les frontières, les valeurs, la vérité même de notre Histoire, il nous appartient de préserver ce fil rouge : celui de la fidélité à notre nation, à nos morts, à notre civilisation.
Leur sacrifice nous enseigne que la France ne se défend pas seulement avec des armes, mais avec la foi en son destin.
Ici, sur cette terre, nous entendons encore leur voix.
Elle nous dit que la France mérite qu’on se tienne droit pour elle, qu’on la protège, qu’on la serve.
Alors, en pensant à ces hommes tombés à Touvent, aux Zouaves du Général de Lamoricière, aux Danois, aux Alsaciens, à tous ceux qui ont mêlé leur sang sous le même ciel, rappelons-nous que la résilience n’est pas un mot du passé, mais une promesse pour l’avenir.
Vive la République. Vive la France. Vive le deuxième Zouave.



