Discours du 8 juin 2025 – Lacroix-Saint-Ouen

Discours de Frédéric Pierre Vos lors de la cérémonie en hommage aux morts français en Indochine me 8 juin 2025 à Lacroix-Saint-Ouen

L’histoire entre la France et l’Indochine est malheureusement trop souvent réduite au drame de Diên Biên Phu et à l’héroïsme de nos combattants pris au piège par l’armée du général Giáp, qui bombardait les 15 000 militaires retranchés dans la cuvette.

La suite de ce revers militaire, aussi cuisant fût-il, laisse le souvenir d’un héroïsme français sans pareil, érigé au même niveau que celui de la bataille de Camerone.

Nous avons en effet la triste spécialité, depuis Vercingétorix, de ne jamais manquer de courage, même quand tout semble désespéré.

L’épisode de Bazeilles et de la dernière cartouche, en est le meilleur exemple.

Il y a dans nos défaites toujours un maréchal Lebœuf ou un Gamelin mal renseigné.

Le soldat français est ainsi fait qu’il avance sous la mitraille, même durant les pires moments comme en1917.

Tous les militaires du monde vous le diront : il n’y a sur le champ de bataille que deux fantassins, le Russe et le Français.

Diên Biên Phu, c’est le début de l’agonie de la IVe République, et l’Algérie sera son cercueil.

On y retrouve d’ailleurs une grande partie des dirigeants qui nous avaient fourvoyés dans la drôle de guerre, après avoir laissé inconsidérément grossir l’armée allemande, alors que deux divisions dans la Sarre au bon moment auraient réglé son compte à l’hitlérisme naissant.

Mais l’Indochine n’est pas que cette tragédie, c’est aussi une histoire incroyable née au Second Empire pour concurrencer l’implantation anglaise au Siam et favoriser ainsi l’expansion française vers le Japon, qui faisait alors l’objet de toutes les convoitises.

La conquête indochinoise a commencé sous Napoléon III pour se terminer sous la IIIe République, elle n’a jamais été considérée comme une colonie de peuplement, à la différence de l’Algérie, mais bien comme un territoire économique, administré par un pouvoir local, certes à la botte des gouverneurs français.

Toutefois, l’amitié entre les peuples qui composaient l’Indochine et le colon français n’a rien à voir avec une oppression et n’a pas laissé entre nos deux peuples les marques indélébiles que celles que nous connaissons avec l’Algérie.

La France n’a pas à rougir de sa présence dans cette partie de l’Asie, tant l’occupation japonaise a fait souffrir, dans le même creuset, les peuples indigènes que les colons français.

C’est cette occupation japonaise qui sera le ferment du dernier chapitre de notre présence dans cette péninsule, dont le dernier acte, ourdi par le Parti communiste chinois, offrira les rêves d’une libération du territoire sous les traits du Vietcong.

Le départ de la France après Diên Biên Phu, alors que nous sommes abandonnés par l’allié américain, laisse une porte béante à l’affrontement des deux blocs.�On connaît la suite : la guerre du Vietnam et l’effondrement américain avant la chute de Saïgon.

Si nous sommes réunis aujourd’hui au pied de ce monument, dans un esprit républicain, en hommage aux Français morts en Indochine, nous ne devons pas oublier de commencer par ceux du corps expéditionnaire du comte de Palikao, pour terminer par les héros de Diên Biên Phu, sans oublier les victimes de la terreur japonaise et de celles du Vietcong.

N’oublions jamais ni le courage, ni l’abnégation de nos troupes coloniales, et ne baissons jamais la tête sur la mission civilisatrice de la France, qui n’a pas à rougir de son chapitre indochinois.

Vive la République, et vive la France.

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